Luxation d'épaule

La luxation d’épaule nécessite une rééducation menée par un kiné spécialiste de l’épaule. La luxation concerne le sujet jeune sportif ou le sujet âgé chuteur. Une épaule luxée pourra être opérée ou non-opérée mais la rééducation est toujours essentielle.

Anatomie

Nous présentons rapidement l’épaule avec les éléments anatomiques présents (os, ligaments, bourses séreuses, muscles). Pour plus de détails si vous êtes intéressés, n’hésitez pas à questionner les masseurs-kinésithérapeutes.

Les os :

L’articulation scapulo-humérale (ou gléno-humérale) met en rapports la glène de la scapula et la tête humérale.
C’est une articulation sphéroïde avec 6 mouvements possibles : flexion, extension, abduction, adduction, rotation latérale et rotation médiale. Les mouvements de cette articulation se combinent aux mouvements des articulations scapulo-thoracique, sterno-claviculaire, acromio-claviculaire.

Les ligaments :

Les ligaments de l’épaule sont très nombreux. On recense:

  • ligament trapézoïde
  • ligament conoïde
  • ligament coraco-acromial
  • ligaments coraco-huméraux
  • ligament coraco-acromial

Les muscles :

L’épaule présente de nombreux muscles puissants dont certains sont victime de tendinopathies voire de ruptures au cours de la luxation. C’est le plus souvent le muscle supra-épineux qui présente une rupture de la coiffe.
Ce sont les muscles de la coiffe des rotateurs : supra-épineux, infra-épineux, petit rond, subscapulaire auxquels on ajoute le tendon du long biceps.
Les autres muscles importants sont le grand pectoral en avant, le deltoïde en latéral, le grand rond en arrière, ainsi que le grand dorsal.

Examen Clinique

Immédiatement après la luxation il faut rechercher des lésions vasculaires et nerveuses en recherchant les pouls distaux et en testant la sensibilité du nerf axillaire autour de l’épaule qui peut être coincé entre les 2 os au cours de la luxation.
Une épaule luxée nécessite une manoeuvre de réduction en urgence. Cette manoeuvre de réduction se réalise sous anesthésie afin de ne pas faire souffrir le patient.
Lorsque le patient arrive en rééducation, le masseur kinésithérapeute réalise un examen clinique complet qui conduit à un bilan diagnostic kinésithérapique.

L’examen comporte plusieurs parties. Il faudra examiner la peau et les réactions trophiques liées à la luxation de l’épaule. L’inspection concerne aussi la main pour vérifier qu’il n’existe pas d’oedème global du membre supérieur.
S’il n’y a pas de cicatrice alors le bilan est pauvre et se résume à des phénomènes inflammatoires en regard de la région de l’épaule.
Si le patient a été opéré alors la cicatrice sera adhérente et inflammée.

On examinera les différentes mobilités du complexe de l’épaule dans son ensemble puis plus précisément articulation par articulation. Les mobilités seront perturbées avec un impact plus important sur la mobilité en flexion, abduction et rotation latérale de l’articulation scapulo-humérale.

Il sera très important de porter une attention particulière aux mobilités dites “spécifiques” c’est à dire les glissements, roulements, décompressions qui subit l’articulation gléno-humérale au cours des mouvements complets. ces différentes petites mobilités seront essentielles pour assurer l’amplitude physiologique.

Le bilan musculaire est une étape importante de l’examen clinique puisqu’il permet d’évaluer la force, l’endurance, la contractilité, l’extensibilité, et la puissance des muscles. Toutefois, cette évaluation n’est toujours pas réalisable immédiatement compte tenu des douleurs ou de l’intervention chirurgicale réalisée. On différera sa réalisation lorsque les tissus auront cicatrisés.

Enfin le bilan fonctionnel est l’étape incontournable du bilan kiné. On cherchera les déficits fonctionnels du patient dans des gestes tests simples :

  • tirer
  • pousser
  • porter
  • lancer
  • attraper
  • s’appuyer sur la main
  • main sur la tête
  • main dans la nuque
  • main dans le dos

On fera réaliser au patient des grilles de score fonctionnel validées afin de cerner au mieux les déficits et les handicaps du patient.

Bilan Imagerie

Le bilan en 1ère intention consiste à réaliser des radiographies de face, profil et ¾ afin d’éliminer une fracture associée de la glène ou de la tête humérale.

Une IRM peut être demandée pour évaluer précisément les lésions de la capsule articulaire, des tendons de la coiffe des rotateurs et des ligaments de l’épaule.

Aux urgences lors de la luxation il n’y a aucune place à une réduction sans radiographies !! On voit trop souvent des réductions de luxation sur le terrain sans même prendre le temps d’évaluer cliniquement les lésions. Le risque de complication neurologique est alors très important.

Traitements

Traitement médical :

S’il s’agit du premier épisode de luxation alors le traitement sera conservateur avec immobilisation de 2/3 semaines chez un sujet de moins de 30 ans car les risques de récidives sont importants. L’immobilisation sera de 3 semaines chez un sujet de plus de 30 ans car les risques de raideur résiduelle sont importants.
La rééducation est commencée au plus tôt en respectant le délai de cicatrisation.

Traitement kiné :

Il est essentiel quelque soit la luxation et quelque soit le traitement médical instauré. Que l’épaule luxée soit opérée ou non opérée, le kinésithérapeute doit intervenir et traiter l’épaule et mener une bonne rééducation.

Il comporte 3 phases :

  1. Phase 1: avant la cicatrisation des tissus
  2. Phase 2 : après la cicatrisation
  3. Phase 3 : réathlétisation

Objectifs thérapeutiques phase 1:

  • lutte contre les douleurs
  • récupération douce et progressive des amplitudes articulaires
  • optimisation de la cicatrisation du tissu conjonctif
  • entretien de la contractilité musculaire
  • sevrage progressif de l’attelle d’immobilisation en accord avec le médecin

Moyens thérapeutiques de la phase 1 :

  • massages décontracturants sur l’ensemble de la musculature du rachis cervical, de la ceinture scapulaire et du membre supérieur
  • massages circulatoires
  • mobilisations passives et actives-aidées en dessous du seuil douloureux en veillant à ne pas mettre en tension maximale les structures lésées en cours de cicatrisation
  • physiothérapie antalgique et anti-inflammatoire : ultrasons, électrothérapie antalgique TENS, TECAR thérapie pour vasculariser les tissus en profondeur, cryothérapie pour lutter contre les phénomènes inflammatoires

Objectifs thérapeutiques phase 2 :

  • restauration complète des amplitudes articulaires et lutte contre les raideurs résiduelles
  • renforcement musculaire global de la ceinture scapulaire dans le but de stabiliser l’épaule
  • travail fonctionnel pour améliorer la coordination et l’endurance musculaire
  • travail proprioceptif pour augmenter la stabilité active de l’épaule

Moyens thérapeutiques de la phase 2 :

  • massage à but proprioceptif
  • étirements et levées de tension des muscles poly-articulaires du membre supérieur et du rachis cervical
  • exercices musculaires isométriques, excentriques et concentriques en chaîne ouverte et en chaîne fermée : utilisation de résistance élastique, de poids libres et au poids de corps
  • travail fonctionnel sur les gestes sportifs et les gestes de la vie quotidienne

Objectifs thérapeutiques en phase 3 :

  • augmenter la stabilité de l’épaule dans les amplitudes extrêmes des gestes sportifs rencontrés (exemple: le geste d'armer au handball)
  • augmenter l’endurance musculaire
  • augmenter la puissance et la force musculaire

Moyens thérapeutiques en phase 3 :

  • Exercices de musculation: développé couché, tirages, tractions
  • Exercices en amplitude extrême isométrique de maintien

Education thérapeutique :

Nous apprendrons au patient des auto-exercices à toutes les phases de la rééducation:

  • exercice de relâchement musculaire : le pendulaire
  • exercices d’auto-mobilisation
  • exercices d’auto-renforcement musculaire
  • exercices d’auto-étirement

questions fréquentes posées

J’ai encore mal après les 3 semaines d’immobilisation après ma luxation d’épaule, c’est normal?

Les séquelles douloureuses sont fréquentes dans les luxations antérieures d’épaule. Si le temps de cicatrisation a été bien respecté et si le traitement a été bien conduit par le kinésithérapeute alors les douleurs vont petit à petit s’estomper. Des complications peuvent néanmoins venir émailler le traitement. La principale est la capsulite rétractile de l’épaule qui entraîne de fortes douleurs suivies par une phase plus ou moins longue de raideur.

C’est mon 2ème épisode de luxation, qu’est ce que je dois faire?

Nous vous conseillons de prendre rdv chez un chirurgien orthopédique de l’Institut afin de faire un bilan complet et de décider quelle est la meilleure stratégie. Si vous pratiquez un sport avec des risques de luxations et que vous êtes gêné alors la meilleure stratégie sera certainement de faire une butée osseuse de stabilisation ou une stabilisation par un renfort ligamentaire. Ces opérations s’appellent Latarjet, Bankart. Le risque de laisser une épaule instable sans intervention chirurgicale est le risque de lésion associée au prochain épisode de luxation: vous risquez une fracture associée, une rupture de la coiffe des rotateurs, une lésion neurologique ou vasculaire.

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